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Le livre-échange: essai sur les pratiques de transmission

Le livre-échange – Vies du livre & pratiques des lecteurs

C’est une étude que j’ai trouvée fascinante à plusieurs titres :

  • en tant que lectrice je me suis reconnue dans de nombreuses situations décrites
  • le travail de recherches, la transcription des ces travaux font de ce livre un plaisir de lecture, de réflexions, de retrouvailles avec sa pratique de la lecture
  • des « retrouvailles » aussi avec de nombreuses personnes ou sites que je suis ou que j’ai pu suivre sur internet. C’était comme une promenade en terre connue pour le coup.

Ce livre détaille, dans différentes parties, la circulation physique du livre (prêts, échanges, reventes), la conservation ou non des livres par les lecteurs, puis les échanges, discussions sur les livres et les différentes modalités que cela peut prendre, et enfin les relations au livre via annotations, citations etc (la partie qui m’a le moins intéressée, je dois dire: il n’y a bien qu’à la fac que j’annotais des photocopies des pages des livres [même pas sur les livres eux-mêmes] nécessaires aux travaux de TD ou d’exposés. Et écrire des citations sauf cas très exceptionnels, non plus).

Je me suis d’autant plus retrouvée dans ce livre que je suis à la fois lectrice; participante à deux comités de lecture (un pour lequel les discussions portent sur les coups de cœur du moment, l’autre dans le cadre d’un prix local organisé par le pôle littérature de la Maison Gueffier. Pour le second comité, il faut nécessairement argumenter un peu plus que le simple « j’aime/je n’aime pas » qui reste toutefois le point d’entrée de toute discussion); bénévole à la bibliothèque du village ce qui implique de faire des choix pour les acquisitions, aider et orienter les lecteurs dans un contexte de bibliothèque en milieu rural – le lectorat adulte et les pratiques de lecture sont plutôt sur des livres grand public très balisés, du roman terroir (en gros tout ce que je ne lis pas, donc un savoir à apprendre pour pouvoir proposer ces livres qui me sont globalement étrangers et en même temps tenter de proposer d’autres thèmes. Et parfois ça fonctionne).

Je suis aussi utilisatrice de liseuses. Cela a été très simple pour moi de passer d’une lecture papier à une lecture numérique, ce d’autant plus que j’étais (et je suis toujours) une très grande lectrice d’articles, billets sur internet.

De l’utilisation des livres numériques, ce qui m’intéresse c’est de pouvoir acquérir des livres qui ne seront pas nécessairement des livres à relire, ou que je ne passerai pas, ou qui sont datés par rapport à un sujet (typiquement les livres d’actualités) et dont je ne souhaite pas m’encombrer dans un espace physique de la bibliothèque. Les livres qui vont beaucoup me plaire, je vais les racheter en format papier.

Le livre numérique est pour moi la forme qui rend la circulation, le prêt quasi impossible : il faut que la personne à qui on veut le transmettre soit équipée, que les fichiers soient interopérables. Et au final, j’ai toujours l’impression de faire quelque chose d’illégal, car ces fichiers m’appartiennent-ils réellement ? En fonction des conditions générales d’utilisation, il est souvent clair que c’est un unique droit d’usage (une licence à lire le document) et que la transmission par l’échange semble être fortement déconseillée (quand elle n’est pas rendue impossible).

Je trouve les réflexions sur ce qu’est le livre numérique actuellement (c’est-à-dire essentiellement la mise à disposition du fichier en lieu et place de l’objet physique) très intéressantes. Quelles pourraient être les formes d’un livre numérique incluant d’autres possibilités autorisées par le multimédia (sons, images,vidéos) ? Et est-ce qu’en tant que lectrice je serai séduite par ce type de procédés ??

Dans tous les cas; c’est un livre que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire. Je ne peux que vous le conseiller 🙂

J’ai beaucoup aimé aussi le travail de mise en page, le choix de la couverture et des illustrations pour séparer les différentes parties de l’ouvrage. Tout cela concourt aussi au bonheur de la lecture.

Le livre-échange – Vies du livre et pratiques des lecteurs de Mariannig Le Béchec – Dominique Boullier – Maxime Crépel – Editions C&F – 284 pages

d’autres avis: Corinne Delmas – Openedition

Hirondelles

Comme tous les ans, je guette le retour des hirondelles et je tiens à cette petite statistique personnelle du jour de leur retour. Aujourd’hui, j’ai aperçu les premières hirondelles: un couple (je pense) qui se nettoyait les ailes, sorte de nettoyage de printemps de leurs plumes après une longue épopée.

Hirondelles – Mars 2018

Hirondelles – Mars 2018

Le jardin après le Moscou-Paris

Événement météorologique un peu exceptionnel avec des températures négatives significatives pour la région: l’influence de l’anticyclone sibérien avec des vents d’Est Moscou-Paris.

Et au moment du redoux, ça donne de la neige (2-3 cm) qui a fondu rapidement dans la matinée du 1er mars 2018

Jardin en Vendée (sud Yonnais) le 1er Mars 2018

Jardin en Vendée (sud Yonnais) le 1er Mars 2018

Participe Présent 2017-2018 – Mes lectures

Aujourd’hui j’ai fini de lire la sélection de Participe Présent 2017-2018 (début des lectures depuis octobre). Cette sélection est beaucoup plus variée que celle de l’année dernière et permet d’avoir des discussions animées et moins consensuelles lors des réunions du comité de lecture. C’est donc un bon point pour cette proposition de livres. Au global, sur les huit livres à lire, je n’en ai apprécié réellement que trois, les autres m’ayant laissé au mieux indifférente.

  • Ressentiments distingués de Christophe Carlier : lecture agréable au premier abord, dans une atmosphère un peu surannée sur une île, où un corbeau sévit pour faire peur aux habitants et où tout le monde se connaît. Un livre court qui se lit très rapidement. A part la fin relativement amorale, un sentiment d’ennui domine en refermant le roman, une sorte de tout ça pour ça. Un livre que j’oublierai donc très rapidement.

 

  • Roland est mort de Nicolas Robin : une enfilade de clichés plus mauvais les uns que les autres, supposément drôles. Le héros est un infographiste au chômage, en pleine dépression post-rupture amoureuse qui passe son morne temps à regarder des pornos ou à passer des week-ends chez sa mère. Du jour au lendemain, il doit s’occuper de la chienne Mireille (en hommage à Mireille Mathieu) de son voisin décédé (et oublié de tous ou presque pendant 8 jours dans l’appartement voisin), puis de l’urne funéraire contenant les cendres dudit voisin, puis il rencontre la masseuse à domicile qui venait voir son défunt voisin (évidemment asiatique, tant qu’à cocher toutes les cases des clichés!). Un livre où il n’y a rien à rattraper de mon point de vue.

 

  • Newland de Stéphanie Janicot : une dystopie malheureusement ratée dans le sens où l’auteure a voulu cocher les cases de la dystopie type (c’est la première fois que j’écris une dystopie, quels éléments inclure dans ce genre littéraire ?): ficelles trop visibles qui en font un roman jeunes adultes raté. Les seuls passages que j’ai bien aimés sont ceux qui justement ne sont pas typiques du genre (la rencontre amoureuse, le voyage dans le temps).

 

  • Songe à la douceur de Clémentine Beauvais: une adaptation moderne pour la littérature « jeunes adultes » du roman de Pouckine Eugène Onegin. Une adaptation réussie en vers libres, avec des choix de typographies, d’organisation des textes, de maquettes du livre qui en font aussi un bel objet littéraire. Une lecture très agréable, adaptée pour les adolescent.e.s et les jeunes vingtenaires (mais que les « vieux/vieilles » peuvent lire… la preuve 😀 ). Une manière de découvrir un auteur russe et éventuellement de franchir le pas pour le lire directement.

 

  • Marcher droit, tourner en rond d’Emmanuel Venet: un roman raté de mon point de vue. C’est l’histoire d’un narrateur atteint du syndrome d’Asperger (forme d’autisme) qui assiste à l’enterrement de sa grand-mère. Le roman est le récit de cet enterrement du point de vue de cet homme qui a de grandes difficultés dans la relation à l’autre et ne souffre aucune hypocrisie sociale. Le choix et la manière d’écrire de l’auteur : c’est juste trop, dans le sens où le rendu littéraire en fait une logorrhée obsessionnelle et compulsive, mais qui rend un texte plat, où il n’y a pas de place pour de l’empathie pour ce personnage qui est, en définitive, en grande souffrance de ne pouvoir être dans des relations « normales ».

 

  • Trois saisons d’orage de Cécile Coulon : un très beau roman où la nature a toute sa place tant comme toile de fonds de l’histoire que comme élément d’une écriture puissante de l’auteure. Les personnages de ce roman sont tous superbes. Les mots, le style sont là pour les servir, les mettre en avant, leur donner chair et âme. Il s’agit de deux familles dans un village perdu sur les contreforts de Saint-Etienne, après la seconde guerre mondiale. Il est question du prix à payer à la montagne dont les ouvriers extraient la roche pour la construction, de femmes libres et déterminées, d’hommes investis pour leur village, d’amour, de passion. Un roman que je recommande 🙂

 

  • Au commence du 7ème jour de Luc Lang : un roman qui parle des failles humaines, des choix que l’on faits, des secrets de famille qui font souffrir parce que tus ou révélés trop tard, de l’amour, de l’amitié. Thomas est appelé un soir parce que sa femme Camille a eu un accident sur une route de pleine campagne de Normandie. Commence alors une quête (une enquête) pour savoir pourquoi elle se trouvait là, dans cet endroit où elle n’avait aucune raison objective d’y être. Nous sommes de toute suite plongé.e.s dans ce roman et d’une certaine manière, cela m’a rappelé le film « The descendants » avec George Clooney. Puis le roman connaît un tournant très important et tout change: il s’agit désormais d’une quête d’identité, sur fond de problèmes actuels de notre société (les technologies du contrôle social, le néomanagement, l’agriculture, le besoin de se retrouver face à soi-même comme une quête de sens, la misère, l’émigration vers l’Europe). Un style qui porte le roman, les histoires entremêlées qui se font échos, et qui tel l’écho parfois se perdent, pour mieux resurgir (ou pas). Un magnifique roman à lire 🙂

 

  • Trois gouttes de sang et un nuage de coke de Quentin Mouron : un polar sans prétention, un peu trop bavard à mon goût. C’est l’histoire d’un meurtre dans la banlieue de Boston où un septuagénaire est égorgé et défiguré. Le shérif mène son enquête et en parallèle un détective privé lui aussi essaie de démasquer le coupable, par simple curiosité. Ce roman sera vite oublié.

Comme il faudra procéder au vote pour le choix de l’auteur.e au niveau de notre médiathèque, pour moi ce sera:

1ère place: Luc Lang

2ème place: Cécile Coulon (mais limite ex aequo 1er place)

3ème place: Clémentine Beauvais

Après les autres romans, bon bof, c’est sans intérêt.

Carnet Zilsel n°1 – Janvier 2017

Revue Zilsel n°1 – Janvier 2017

Grâce à Twitter, j’ai découvert cette revue qui a un format livre, édité aux Editions du Croquant. L’objectif de cette revue est de publier principalement des articles sur les thèmes de la sociologie des sciences et techniques.

Les auteurs et contributeurs de cette revue sont des universitaires qui étudient dans le champ des sciences et techniques (d’un point de vue sociologique). La revue s’adresse donc aux personnes qui interviennent dans le domaine des sciences sociales, mais également a pour ambition de faire découvrir ces thèmes à des néophytes ou des amateurs des sciences sociales. Elle est vendue en librairie (enfin dans la mienne, non, il faut la commander 🙂 ).

Je ne suis pas une spécialiste des sciences sociales, mon activité professionnelle n’est pas du tout dans ce champ. Donc je suis une néophyte-amatrice, et surtout une lectrice qui aime se lancer des défis intellectuels… pour changer un peu des romans, des essais et de la lecture des journaux indépendants sur internet. Enfin bref, mettre les neurones en action dans des situations nouvelles de lecture.

Alors d’abord la bonne nouvelle: mes neurones ont été contents de retrouver de la littérature universitaire 😀 … c’est là que l’on prend conscience que la lecture des revues Francis Lefebvre, c’est du prêt à penser, du pré-mâché professionnel pour synthétiser les actualités fiscales. Ça a sa fonction, mais j’avais perdu de vue ce qu’était un article universitaire!

L’autre bonne nouvelle (oui, y en a au moins 2 en fait): je suis allée au bout de la revue, j’ai eu plaisir à la lire et à lire tous les articles même si je n’ai pas tout compris. Et en vrai, ce n’est pas grave!

La revue est composée de plusieurs parties:

  • un éditorial qui introduit les thèmes de la revue,
  • confrontations: il s’agit d’analyses faites à partir enquêtes,
  • frictions: comme son nom l’indique arguments/contre-arguments qui se frictionnent (pour provoquer de l’électricité ?) sur un thème intellectuel,
  • libre-échanges: compte-rendu d’entretiens avec une personnalité des sciences sociales,
  • friches: une partie « libre » pour explorer des thèmes divers et variés,
  • classiques: des articles d’auteurs classiques des sciences sociales ou d’introduction auxdits auteurs classiques,
  • critiques: recensions d’ouvrages contemporains dans le domaine des sciences sociales de la science et des techniques.

L’article qui pour moi a été le plus difficile à comprendre (et qui est resté assez ésotérique) est celui de Christopher Donohue « La philosophie est un extrémisme logique – l’œuvre de Joseph Agassi ». Cela fait référence aux principes de Karl Popper (que je ne connais pas), au relativisme et au pluralisme (dont la définition générale me parle, et qui dans le cadre de cet article reste toutefois assez hermétique). Je ne retiendrai de cet article que le dernier paragraphe qui est celui qui m’a le plus parlé:

La conception agassienne de la rationalité et de la philosophie semble exclure la possibilité du compromis, tant l’extrémisme logique qui l’anime paraît intransigeant. Il n’empêche que le faillibilisme de cette philosophie offre une solution empirique assez rigoureuse pour instaurer le principe de l’erreur comme fondement d’une pensée critique et d’une vision humaniste de la société. La mise en évidence de l’antagonisme fondamental entre la philosophie et le compromis, ainsi que la résolution de ce problème par la thèse du caractère inéluctable de l’erreur, sont les contributions majeures d’Agassi.

L’article « Le grand remembrement – la sociologie des savoirs ruraux depuis les années 1950 » de Jérôme Lamy est celui que j’ai le plus apprécié. Certainement parce qu’il renvoie à des thèmes de mon enfance (les trucs et astuces des grand-parents et grand-oncles/tantes pour cultiver son potager, son jardin, des voisins agriculteurs quand nous passions les vacances dans l’Aisne, l’influence de l’agrochimie sur les pratiques culturales traditionnelles et leur modernité vs le vieux monde paysan), ma mise en pratique actuelle dans mon propre jardin des savoirs techniques de la permaculture, l’agroforesterie, la micro-biologie des sols et les constats empiriques de ce qui marche et ne marche pas dans mon terrain et/ou dans mes mises en pratique.

L’entretien avec Roger Chartier, historien des pratiques de lecture, ne pouvait que m’intéresser, en tant lectrice invétérée. Après la lecture de cet article, je pense, par rapport à un des thèmes abordés, que les livres papier resteront à côté des livres numériques. Toutefois, peut-être que nos pratiques changeront dans le sens où la première lecture se fera sous format électronique, et ensuite pour conserver dans le temps les livres dont on veut garder une trace, il y aurait un système d’impression à la demande (avec pourquoi pas des couvertures personnalisées et le retour en force de la profession de relieur !). Mon constat de lectrice est que je garde moins bien le souvenir des livres numériques que j’ai pu lire, quand pour les livres papier les souvenirs sont là (même lointains, même s’il est parfois nécessaire de les réactiver par le titre, l’auteur, mon cahier des livres lus). Il y a, je pense, un souvenir des livres plus prégnant quand il passe par la mémoire sensorielle des mains (poids du livre, le fait de tourner les pages) et de la vue (couverture, couleurs et iconographie de la maquette).

Il y a d’autres nombreux articles intéressants dans cette revue (notamment sur Alain Badiou que je ne connais que de nom, une critique des livres de Matthew Crawford connu notamment pour « Éloge du carburateur » qui avait connu une forte popularité dans la blogo littéraire [mais je ne l’ai pas lu, le résumé ne m’avait pas branché plus que ça]).

Pour ne pas virer monomaniaque, je lis quelques ouvrages de littérature (notamment pour le comité lecture Participe présent) avant d’attaquer le numéro 2. Et le numéro 3 est déjà arrivé à la maison. Mais ce sont des revues longues à lire (en gros j’ai calculé qu’il m’a fallu une dizaine de soirées pour finir la revue n°1, même si ce n’est que 420 pages… mais le cerveau a besoin d’intégrer de nouvelles notions ou d’aller chercher loin dans ses souvenirs 😉 ). En tout cas, une très belle découverte, c’est vraiment pour ça que j’adore internet avec ces rencontres improbables 🙂 .

Revue Zilsel n°1 – Janvier 2017 – Editions du Croquant – 419 pages

Mise à jour au 1er février 2018: en faisant une recherche sur le mot-clé Revue Zilsel, je suis tombée sur un entretien que Arnaud Saint-Martin et Jérôme Lamy à l’origine de cette revue ont donné à Hors-série. Je ne l’avais pas regardé au moment de sa publication car j’ai beaucoup de mal avec l’animatrice de l’émission Aux Source. Émission à regarder pour comprendre dans quel contexte s’inscrit cette revue (le site est réservé aux abonné.e.s)