Participe Présent 2017-2018 – Mes lectures

Aujourd’hui j’ai fini de lire la sélection de Participe Présent 2017-2018 (début des lectures depuis octobre). Cette sélection est beaucoup plus variée que celle de l’année dernière et permet d’avoir des discussions animées et moins consensuelles lors des réunions du comité de lecture. C’est donc un bon point pour cette proposition de livres. Au global, sur les huit livres à lire, je n’en ai apprécié réellement que trois, les autres m’ayant laissé au mieux indifférente.

  • Ressentiments distingués de Christophe Carlier : lecture agréable au premier abord, dans une atmosphère un peu surannée sur une île, où un corbeau sévit pour faire peur aux habitants et où tout le monde se connaît. Un livre court qui se lit très rapidement. A part la fin relativement amorale, un sentiment d’ennui domine en refermant le roman, une sorte de tout ça pour ça. Un livre que j’oublierai donc très rapidement.

 

  • Roland est mort de Nicolas Robin : une enfilade de clichés plus mauvais les uns que les autres, supposément drôles. Le héros est un infographiste au chômage, en pleine dépression post-rupture amoureuse qui passe son morne temps à regarder des pornos ou à passer des week-ends chez sa mère. Du jour au lendemain, il doit s’occuper de la chienne Mireille (en hommage à Mireille Mathieu) de son voisin décédé (et oublié de tous ou presque pendant 8 jours dans l’appartement voisin), puis de l’urne funéraire contenant les cendres dudit voisin, puis il rencontre la masseuse à domicile qui venait voir son défunt voisin (évidemment asiatique, tant qu’à cocher toutes les cases des clichés!). Un livre où il n’y a rien à rattraper de mon point de vue.

 

  • Newland de Stéphanie Janicot : une dystopie malheureusement ratée dans le sens où l’auteure a voulu cocher les cases de la dystopie type (c’est la première fois que j’écris une dystopie, quels éléments inclure dans ce genre littéraire ?): ficelles trop visibles qui en font un roman jeunes adultes raté. Les seuls passages que j’ai bien aimés sont ceux qui justement ne sont pas typiques du genre (la rencontre amoureuse, le voyage dans le temps).

 

  • Songe à la douceur de Clémentine Beauvais: une adaptation moderne pour la littérature « jeunes adultes » du roman de Pouckine Eugène Onegin. Une adaptation réussie en vers libres, avec des choix de typographies, d’organisation des textes, de maquettes du livre qui en font aussi un bel objet littéraire. Une lecture très agréable, adaptée pour les adolescent.e.s et les jeunes vingtenaires (mais que les « vieux/vieilles » peuvent lire… la preuve 😀 ). Une manière de découvrir un auteur russe et éventuellement de franchir le pas pour le lire directement.

 

  • Marcher droit, tourner en rond d’Emmanuel Venet: un roman raté de mon point de vue. C’est l’histoire d’un narrateur atteint du syndrome d’Asperger (forme d’autisme) qui assiste à l’enterrement de sa grand-mère. Le roman est le récit de cet enterrement du point de vue de cet homme qui a de grandes difficultés dans la relation à l’autre et ne souffre aucune hypocrisie sociale. Le choix et la manière d’écrire de l’auteur : c’est juste trop, dans le sens où le rendu littéraire en fait une logorrhée obsessionnelle et compulsive, mais qui rend un texte plat, où il n’y a pas de place pour de l’empathie pour ce personnage qui est, en définitive, en grande souffrance de ne pouvoir être dans des relations « normales ».

 

  • Trois saisons d’orage de Cécile Coulon : un très beau roman où la nature a toute sa place tant comme toile de fonds de l’histoire que comme élément d’une écriture puissante de l’auteure. Les personnages de ce roman sont tous superbes. Les mots, le style sont là pour les servir, les mettre en avant, leur donner chair et âme. Il s’agit de deux familles dans un village perdu sur les contreforts de Saint-Etienne, après la seconde guerre mondiale. Il est question du prix à payer à la montagne dont les ouvriers extraient la roche pour la construction, de femmes libres et déterminées, d’hommes investis pour leur village, d’amour, de passion. Un roman que je recommande 🙂

 

  • Au commence du 7ème jour de Luc Lang : un roman qui parle des failles humaines, des choix que l’on faits, des secrets de famille qui font souffrir parce que tus ou révélés trop tard, de l’amour, de l’amitié. Thomas est appelé un soir parce que sa femme Camille a eu un accident sur une route de pleine campagne de Normandie. Commence alors une quête (une enquête) pour savoir pourquoi elle se trouvait là, dans cet endroit où elle n’avait aucune raison objective d’y être. Nous sommes de toute suite plongé.e.s dans ce roman et d’une certaine manière, cela m’a rappelé le film « The descendants » avec George Clooney. Puis le roman connaît un tournant très important et tout change: il s’agit désormais d’une quête d’identité, sur fond de problèmes actuels de notre société (les technologies du contrôle social, le néomanagement, l’agriculture, le besoin de se retrouver face à soi-même comme une quête de sens, la misère, l’émigration vers l’Europe). Un style qui porte le roman, les histoires entremêlées qui se font échos, et qui tel l’écho parfois se perdent, pour mieux resurgir (ou pas). Un magnifique roman à lire 🙂

 

  • Trois gouttes de sang et un nuage de coke de Quentin Mouron : un polar sans prétention, un peu trop bavard à mon goût. C’est l’histoire d’un meurtre dans la banlieue de Boston où un septuagénaire est égorgé et défiguré. Le shérif mène son enquête et en parallèle un détective privé lui aussi essaie de démasquer le coupable, par simple curiosité. Ce roman sera vite oublié.

Comme il faudra procéder au vote pour le choix de l’auteur.e au niveau de notre médiathèque, pour moi ce sera:

1ère place: Luc Lang

2ème place: Cécile Coulon (mais limite ex aequo 1er place)

3ème place: Clémentine Beauvais

Après les autres romans, bon bof, c’est sans intérêt.

L’odeur de la forêt – Hélène Gestern

Ce livre sorti à l’occasion de la rentrée littéraire de septembre 2016 raconte l’histoire d’Elisabeth Bathori, historienne, spécialiste de l’histoire de la carte postale et de la photographie, qui doit s’occuper en tant qu’administratrice successorale de la correspondance d’un certain Alban de Willecot mort en janvier 1917 pendant la Grande Guerre. L’héroïne doit aussi faire face à ses morts, puisqu’elle ne se remet pas du décès de l’homme qui a partagé sa vie pendant 8 ans.

Ce roman est à la fois basé sur une construction narrative à la première personne (Elisabeth), sur un roman épistolaire (nous suivons les échanges de correspondance d’Alban de Willecot, Anatole Massis, Diane Nicolaï) et sur un roman d’enquête historique (et de quêtes).

Cette construction du roman alterne entre la quête personnelle d’Elisabeth, les échanges épistolaires, la recherche historique et généalogique des liens entre les différents protagonistes, leur descendance.

Le style est simple avec un vocabulaire très riche. C’est une écriture lente qui se déplie au fur et à mesure de ce très beau roman, où comme Elisabeth on s’attache aux personnages, on cherche à savoir ce qu’ils sont devenus, à remplir les blancs de leurs histoires, de l’Histoire. En côtoyant les morts de la Grande Guerre, les implications et méandres des histoires personnelles menant jusqu’à l’après Seconde Guerre Mondiale, Elisabeth tente de retrouver le goût à la vie.

L’auteure par sa maîtrise a permis à la lectrice que je suis de plonger vraiment et complétement dans son univers. C’est un roman qui m’a beaucoup émue, à cause de cette capacité à retranscrire les sentiments, les émotions de toutes ces personnes plongées soudainement dans la violence, la cruauté, l’absurdité de la guerre ; un visage de la guerre qui change : mécanisé, industrialisé, déshumanisé. Une guerre faite par les puissants avec la chair des autres, une chair meurtrie, mutilée mise en parallèle de la destruction de la nature (des arbres explosés à mi-tronc). Mais aussi la condition des femmes à cette époque: soit traitées comme de biens à échanger pour le renflouement de situation économique familiale difficile, soit devant prendre la place des hommes partis à la guerre (avec les conséquences plus ou moins positives d’une émancipation accélérée). Je me suis très attachée comme l’héroïne à tous ces personnages : Alban de Willecot, Antoine Gallouët, Diane Nicolaï, Anatole Massis, Blanche de Chalendar. Toute une génération fauchée par cette Grande Guerre qui à son issue devait être la Der des Der. Une guerre d’injustice où, dans le contexte de la montée du socialisme, toute forme de protestations ou tout simplement de bon sens était considérée comme une rébellion qu’il fallait mater. Tuer dans l’œuf toute protestation ou supposé anti-patriotisme et faire des morts pour l’exemple.

Cela a renvoyé à beaucoup de lectures faites dans un passé lointain ou récent : A l’ouest rien de nouveau de Erich Maria Remarque, les Thibault de Roger Martin du Gard, Un cœur changeant d’Agnès Desarthe (pour le personnage de Diane). Et aussi à de très beaux films : La chambre des officiers de François Dupeyron (adaptation du roman éponyme de Marc Dugain), Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick.

C’est pour moi une très belle découverte de cette fin d’année.

L’odeur de la forêt – Hélène Gestern – Editions Arléa – 698 pages