En soutien à Asli Erdogan

L’auteure turque a été arrêtée le 16 août 2016 à la suite de la grande purge organisée par le pouvoir turc en réponse à la tentative de coup d’état. Asli Erdogan est en prison depuis pour ses écrits dans le journal Özgür Gündem. Le Bâtiment de pierre publié en 2013 résonne étrangement dans ces circonstances, texte que je n’ai pas critiqué mais que j’ai lu à sa sortie. Magnifique écriture pour un thème très dur.

N’hésitez pas à signer la pétition pour demander sa libération

Je republie un article que j’avais fait sur son livre Les oiseaux de bois

oiseaux_de_boisARTICLE ECRIT EN NOVEMBRE 2009

Il s’agit d’un recueil de 5 nouvelles écrites par Asli Erdogan. Il y a une nouvelle plus longue que toutes les autres intitulée Une visite surgie du passé. Ce livre tourne autour des thèmes de la mort, de la prison, de la torture mais également de l’amour, de la vie malgré tout. L’écriture, de facture classique, est fine et poétique. La nouvelle la plus iconoclaste est Journal d’une folle, qui est une critique allégorique de la politique turque (même s’il n’est pas évident de percevoir toutes les références pour la non-initiée que je suis).

La nouvelle que j’ai préféré est Le captif, portrait d’une femme enceinte qui doit faire face à l’absence du père de l’enfant, absence dont on devinera la raison à la chute de cette nouvelle.

La ville d’Istanbul est omniprésente dans tous les textes. Ce ne sont pas des nouvelles tristes ou horribles même si les thèmes sont eux durs, car l’écriture d’Asli Erdogan est tout à la fois réaliste et tout en finesse. Les personnages sont prisonniers d’une parole qu’ils ne peuvent ouvertement exprimés. Ils ne leur restent que le monologue intérieur, l’écriture ou la folie pour être eux-mêmes, pour vivre dans une société millénariste qui n’a pas encore réussi à franchir le cap pour être une société de libre expression.

Une très belle découverte.

Les oiseaux de bois – Asli Erdogan – Editions Actes Sud – novembre 2009 – 149 pages

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Les éditions Actes Sud ont fait paraître un nouvel opus d’Asli Erdogan en janvier 2013: Le bâtiment de pierre. Il est dans ma liste des livres à acquérir d’ici la fin de l’année! Hâte de retrouver l’univers d’Asli Erdogan, bien que le thème ne soit pas des plus gais, car cette auteure a une plume qui enchante.

4ème de couverture de Le bâtiment de pierre:

Au cœur de l’onirisme, à la frontière du visible et de l’invisible, entre mémoire, rêve et cris, une femme se souvient du Bâtiment de pierre. Dans cette prison, des militants politiques, des intellectuels récalcitrants à la censure, des gosses des rues – petits voleurs de misère – se retrouvaient pris au piège.

De ce monde de terreur véritable, la narratrice de ce récit est pourtant revenue et sa voix, en une étrange élégie, se fait l’écho d’un ange, un homme qui s’est éteint dans cette prison en lui laissant ses yeux.

Ce livre est un chant dont la partition poétique autorise le motif en lui donnant parfois une douceur paradoxalement inconcevable. Un texte rare sur l’un des non-dits de la vie en Turquie.