Le jour d’après

Hier c’était le 2ème tour de l’élection présidentielle. Après avoir vécu ces deux dernières semaines (depuis le résultat du 1er tour le 23 avril 2017) comme deux semaines terribles de violence verbale, d’insinuations multiples et variées, j’avais besoin de revenir à ce blog, laissé en jachère. Alors désormais, il y aura en plus des chroniques de livres, des textes sur mon jardin (déclaré comme refuge LPO depuis plusieurs années maintenant), des  textes sur mes tentatives de maison zéro déchet, parfois peut-être un peu de ma vie, mon œuvre… et puis de des chroniques sur l’état de la France et du monde comme il va. Car comme le dirait Pierre Rabhi, il ne suffit pas de manger bio pour changer le monde.

Donc hier, je suis allée voter et j’ai mis dans l’urne ce bulletin fait maison. Et j’éprouve le besoin de garder une trace pour ne pas oublier à quel point cette décision a été difficile à prendre.

Le soir des résultats du 1er tour, extrêmement triste que le programme Avenir en Commun n’est pas atteint le second tour (et je ne mets pas volontairement de référence à Jean-Luc Mélenchon, car pour moi il n’est qu’un porte-parole [bon ok un peu exceptionnel 😉 ] – mais dans tous les cas n’importe qui d’autre dans l’équipe est en mesure de représenter ce programme), j’avais twitté que je voterais bulletin nul (avant même l’allocution de JLM). A compter de son allocution, un déluge de sommations d’appeler à voter Emmanuel Macron s’est abattu sur la France. Conséquence immédiate: résiliation de mon abonnement à Médiapart, en raison des réactions de Fabrice Arfi notamment. Toutes ces leçons de morale à 2 balles faites alors qu’il fallait: 1) nous laisser digérer la nouvelle (quand le but était si proche), 2) respecter ce qui avait été décidé à savoir une consultation.

J’ai participé à la consultation en choisissant « vote blanc ou nul ». Jusque là constance dans ma décision. Je ne renvoie pas dos à dos Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Le FN n’est pas un parti républicain et je suis suffisamment vieille pour me rappeler les heures « glorieuses » de Jean-Marie Le Pen. En 2002, je n’avais eu aucune hésitation et avais voté Jacques Chirac. Là nous sommes 15 ans plus tard et voter pour une personne qui nous promet Uber à tous les étages de la société, dont le projet de vie pour les jeunes c’est d’être milliardaire, qui n’a que du mépris pour tous (si tu veux un costard, va bosser), un jeune moderne qui nous vend des solutions dignes du 19ème siècle. J’avais d’ailleurs bien relevé la référence à Louis Napoléon Bonaparte faite par Arnaud Leparmentier, qui avait cherché fébrilement sur le net quel Président avait un âge équivalent à  Emmanuel Macron… pour la référence historique et l’aspect positif du truc on repassera (fin de la 2è République, 2nd Empire, guerres partout, perte de l’Alsace Lorraine).. enfin bref, l’Histoire et les images & symboles véhiculés doivent être en option dans les écoles de journalisme désormais.

Pendant ce temps-là, le déchainement, les injonctions, les sommations (y compris de ceux qui votent blanc ou s’abstiennent depuis la nuit des temps – cf Jean-Michel Apathie & Yann Moix au hasard) continuaient partout, comme s’il fallait continuer à taper sur le perdant quand le danger officiel était le Front National. Il y a des échanges d’amabilités (plus ou moins heureuses, violentes de part et d’autre, sur les réseaux sociaux) et des trolls profitant de la situation pour déverser leur haine partout. Enfin, c’était une vraie souffrance de lire tout cela. Avec la conséquence immédiate d’une partie des électeurs de la France Insoumise d’envoyer tout paître avec les hastags #DémerdezVous et #SansMoiLe7Mai. Puis ont commencé à sortir quelques analyses et papiers sur le fait que la campagne d’entre deux tours n’était pas bonne, que des erreurs stratégiques de type appeler à voter pour le projet de « En Marche » quand il fallait appuyer sur le vote contre se multipliaient. Ces analyses m’ont fait douter sur ce choix de vote blanc. Donc j’ai commencé à me dire qu’il faudrait voter pour Macron (avec à peu près autant d’envie que de me pendre).

J’ai regardé le débat le 3 mai où Marine Le Pen a été nulle et agressive de bout en bout. J’étais toujours sur le fait d’aller voter Macron.

Et puis il y a eu vendredi 5 mai sur Mediapart Live Emmanuel Macron venant expliquer son programme (même si je connaissais certains éléments de celui-ci avant). Et là, non, ce n’était pas possible que je mette un bulletin pour lui. Alors j’ai continué à me persuader qu’il le fallait pour défendre la démocratie, etc,etc… j’ai regardé les derniers sondages, j’ai cogité tout le samedi dessus. Dimanche, j’ai attendu les chiffres de l’abstention, revérifier les règles de calcul entre les suffrages des inscrits et exprimés. Et j’ai préparé un bulletin blanc& un bulletin nul. Et j’ai décidé que je voterai nul (avec l’angoisse et la colère au ventre d’être dans cette situation, où mon choix ne pouvait être pris sereinement). Ces deux semaines d’entre deux tours ont juste été un viol permanent de conscience par tous ceux qui ont permis l’accroissement de la souffrance, de la pauvreté, de la misère, par tous ceux qui ont banalisé le discours du FN, par tous ceux qui nous ont traités d’admirateurs d’un gourou, qui voulait une dictature chavisto-castristo-poutinienne.

J’ai passé une partie de la fin d’après-midi avec des personnes qui avaient voté Macron en ayant eu mal au ventre en mettant son bulletin dans l’enveloppe. Nous nous sommes remontés le moral (tous n’avaient pas voté AEC au 1er tour). Oui, ce 2ème tour a été une souffrance psychique importante pour beaucoup.

Pour finir une note poétique avec le texte de Corinne Morel Darleux qui revient également sur cet entre-deux tours Le vieux monde se meurt, mais le matin neuf n’est pas encore levé